" Il y a du Bacon pour les visages (mais en plus soutenable), et de la peinture vénitienne (que je préfère largement à la Florentine) pour les drapés. Les sujets sont classiques (portraits, sujets religieux) mais le traitement est moderne. C'est ce que j'aime du post-moderne ; on ne fait pas table rase du passé, parce que ce n'est pas possible, que cela mène, comme dans l'art contemporain, à la destruction de l'image, mais l'on ne fait pas pour autant une simple reprise ; on tient compte du passé, et de sa critique, du temps qui passe. Il y a dans ces portraits une vraie intelligence du sujet : comment faire aujourd'hui un portrait religieux ? Je pense que Jean-Christophe Fischer y répond admirablement. Il y a de la force, une grande beauté dans ses portraits, mais aussi une vive critique, sans qu'elle soit blasphématoire. Un croyant, pieux mais ouvert d'esprit pourrait avoir chez soi sa belle madone bleue sans que cela pose problème. "

"Au Moyen ge, un fond d’or, image de la Cité de Dieu, entourait les visages de saint. Chez Jean-Christophe Fischer, ils surgissent d’un fond noir. Critique d’une Église étatique que ces cardinaux, magnifiés de leurs plus beaux apparats, derniers vestiges de dignité, portent d’une dernière arrogance ?, ou dernier feu d’un Occident où Dieu serait mort et qui sait qu’aucun salut, aucune béatitude n’y est plus possible ? Seule subsisterait alors une spiritualité désincarnée et sans rémission. Ainsi ces cardinaux, ces moines et belles madones nous regardent-ils avec une douceur d’où ne serait être démêlée la souffrance, de la foi, d’une spiritualité.....

Images, donc, de martyrs que Jean-Christophe Fischer n’hésite pas à violenter, et dont, dans un dernier élan sacrificiel, il scarifie les visages, des blessures desquelles réapparaît cet or perdu. Et ce n’est qu’ainsi, réaffirmant une spiritualité originelle débarrassée des facilités et lâchetés d’une religiosité factice, libre d’une tradition picturale qu’il sut faire sienne dans ses richesses et sa critique, que l’artiste, ayant vaincu nos derniers arguments, apaisé les troubles de nos entendements contemporains d’où n’apparaissaient que la vacuité d’une absence d’âme, nous saisit dans un appel, sublime, pour ce qu’il y a de sacré en nous.
E.C.Affre.

 
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